La crise d'adolescence

une crise du boulversement

Les approches théoriques

 

Les théories psychodynamiques

Selon Freud (2014), le développement psychosexuel s’opère selon des stades, déterminés génétiquement, indépendants du milieu. A chaque stade correspond un mode de gratification libidinale et une fixation plus ou moins grande impactant variablement la personnalité de l’individu. La fin de la période de latence marque le début de l’adolescence dont le but principal est d’atteindre le stade génital comme mode principal de satisfaction sexuelle.

Selon Anna Freud (1936), la libido pubertaire est  tournée vers un but reproductif avec une dimension de survie. Anna Freud avance en outre, que l’accroissement de la libido peut représenter une véritable menace pour le contrôle de soi et des fonctions adaptatives, provocant impulsivité et intolérance à la frustration. C’est ainsi qu’elle met l’accent sur les fonctions de défenses contre les pulsions à l’adolescence. Le point central étant la lutte contre l’angoisse, orchestrée par le moi.

Blos (1979) met en avant les processus de « désidéalisation » des objets libidinaux, à l’œuvre pendant la période adolescente. C’est au cours de cette période que l’intensité du changement est à son comble, que le conflit entre la régression et la progression, entre le moi et les pulsions, crée le tumulte de l’individuation. L’adolescence est ainsi considérée comme un stade qui pose de façon centrale les questions d’adaptatitivé et de recherche de soi par une revisite et une intégration du passé pour aboutir à une intégration dans la conscience présente.

La construction de relations émotionnelles et sexuelles à l’extérieur de la famille dépend partiellement des processus d’identification qui permettent au sujet de forger sa propre identité. Cette question identitaire sera centrale dans la théorie d’Erikson dont que nous allons évoquer ci-dessous.. 

La quête identitaire

La perspective psychosociale d’Erikson (1968) pose la question de l’identité à l’adolescence comme  un temps de recherche et d’introspection pendant lequel le sujet dépense une grande partie de son énergie à tenter d’établir un bilan qui ne dit pas forcément son nom : D’où est-ce que je viens ? Qui suis-je ? Ou vais-je ?

Ces interrogations passent par une dialectique entre « identité personnelle et identité sociale ». Pour Erikson, l’intégration du « sentiment d’identité intérieure » s’opère idéalement à l’adolescence, quand les ressources engrangées par passé le permettent.

L’identité intérieure prolonge, par accumulation et intégration, les identités antérieures, elle est le résultat de nouvelles identifications établies avec ses pairs et les modèles extra familiaux. 

La théorie focale de Coleman

Envisageant la somme de défis à relever pendant l’adolescence (la relation avec les parents, l’attitude face aux pairs et les relations avec l’autre sexe), Coleman & Hendry (1996) se différencient des notions de stades qu’il conviendrait de franchir, de paliers à ne pas manquer sous peine de rester en panne. La résolution d’un problème n’est ainsi pas essentielle au franchissement d’une étape, les jeunes se voient confrontés fréquemment à de nombreux problèmes à la fois. Les relations avec les parents, les pairs, l’environnement se modifient et maturent à l’adolescence de façon désordonnée. Leur apogée surviendrait à des moments différents selon les individus, leur histoire, la façon dont ils se sont emparés de leur vécu et forgés leurs identités et rôles successifs.

Le processus développemental évolue donc, selon Coleman, sur plusieurs années et de façon moins ordonnée que ne le pouvaient supposer les théories piagétiennes à propos de la cognition.

Piaget : une théorie du développement cognitif

Piaget (1955) envisage et donne à comprendre l’adolescence sous l’angle du développement cognitif. A l’instar des théories darwiniennes de l’évolution biologique, Piaget considère l’intelligence comme une forme d’adaptation de l’organisme à son environnement. Le stade de l’intelligence dite des « opérations formelles » permet à l’adolescent de découvrir des capacités de réflexions nouvelles, sur des propositions logiques symboliques, sans avoir la nécessité du recours au concret.

L’accès à la pensée formelle ici posée avec la théorie interactionniste et constructiviste nous permettra dans une partie ultérieure d’entrevoir comment il est possible de comprendre le  lien entre développement  de la socialisation et de la

cognition à l’adolescence.

 L’apport des neurosciences

Dayan & Guillery-Girard (2011) indiquent le rôle des neurosciences dans la mise en lumière d’une réorganisation cérébrale massive à l’’adolescence qualifiée de « maturation ». Elle est électivement localisée dans les zones du cerveau impliquées dans les tâches décisionnelles de haut niveau, qui sont aussi des aires associatives. Deux aspects sont à noter concernant ce réaménagement : en premier lieu, la destruction importante de synapses (« élagage synaptique »), en second lieu, l’accroissement important de la connectivité anatomique et fonctionnelle entre les aires cérébrales, phénomène qui se prolonge bien au-delà de l’adolescence.

L’adolescence peut être ainsi être considérée comme un ajustement double, qui requiert une mobilisation importante des régions cérébrales impliquées dans les tâches cognitives les plus élaborées.

Le développement de l’intelligence et de la pensée

« La pensée est le cœur de la vie subjective. C’est par la pensée que nous prenons conscience de ce que nous vivons dans toutes les dimensions de la vie. » (Cloutier, 1998). A l’adolescence, les outils de base de l’activité mentale deviennent plus subtils et plus puissants. La transformation de l’activité cognitive est le centre évolutif de nouvelles expériences de vie. Elle rend possible l’accès à la complexité, et permet un abandon progressif des raisonnements linéaires. L’accès à la pensée formelle offre de nouvelles capacités à établir des relations mentales, à considérer simultanément plusieurs aspects d’une même situation. C’est ainsi que la pensée enfantine devient une pensée adulte, provoquant une restructuration importante de l’activité mentale.

L’environnement social donne, lui aussi, matière à évolution  par la découverte de la complexité des relations interpersonnelles, par le développement de sa propre théorie explicative sur le monde, sur soi  et les autres.

La métacognition, avoir une réflexion sur sa  pensée, est favorisée par la tendance à l’introspection à l’adolescence (Coslin, 2003). Sa propre pensée commence à être perçue comme l’objet possible de la pensée des autres. La façon dont est réalisé le décodage des signes de communication a de nombreuses incidences sur le comportement face à autrui et sur la qualité des relations interpersonnelles. Siaud-Facchin (2015) indique que tenter de comprendre est, à la fois, une tendance et une activité importante à l’adolescence. Elle rapproche la notion de métacognition à celle d’agentivité, considérant que la perception de soi, en tant qu’agent cognitif, permet la construction d’un locus de contrôle interne. Ce qui amène l’adolescent à percevoir ses résultats et performances comme causés par sa propre activité et non par des facteurs externes à lui.

Le corps et la poussée de la sexualité

 

La croissance physique

Pendant l’adolescence, presque toutes les parties du corps augmentent en poids et en volume. Nous n’allons pas ici procéder à un inventaire exhaustif de toutes les transformations mais seulement  en brosser les lignes générales. L’idée étant de comprendre l’impact de ces bouleversements physiques dans le processus du développement de l’adolescent (1).

Les caractéristiques objectives du changement physique ne correspondent pas forcément au vécu subjectif intime de l’adolescent. Les répercussions de ces changements physiques peuvent ainsi dérouter l’adolescent, provoquant parfois l’incompréhension de ce même vécu par l’entourage (Cloutier, 1998 ; Jeammet, 1997 ; Moro, 2015). Les bouleversements d’ordre physique ont ainsi un impact fort sur l’image du corps, sur l’image de soi.

L’image de ce corps qui change est chargée d’affects. La fierté pouvant ainsi cohabiter avec l’angoisse, cette ambivalence transitoire amène l’adolescent à devoir se réajuster et prendre la mesure de l’intensité du courant qui l’emporte. Il s’agit pour l’adolescent de s’approprier ce corps à la fois inconnu et familier pour mieux s’y identifier.

Avec un corps puissant et parfois maladroit vient aussi une sensation, nouvelle, celle d’un corps fatigué. Royant-Parola & Legris (2017) décrivent les états de fatigue inédits rencontrés par les adolescents qui les privent littéralement et momentanément d’énergie. Levisalles, (2009) reprend une étude sur la posture avachie de l’adolescent selon un angle de confort porté à 127 degrés. Marcelli et Braconnier (2013) rappellent que le corps de l’enfant est silencieux, il se réveille à l’adolescence. C’est ce bruit que l’adolescent donne à entendre à travers les plaintes somatiques (mal au dos, mal au vente, au genou…) qui peuvent prendre la formes de plaintes hypocondriaques et amener l’adolescent à consulter le généraliste.

Avec ce nouveau corps, l’adolescent voit émerger en lui de nouvelles pensées, il sent poindre des pulsions jusque-là endormies. Sa génitalité, maintenant outillée, se réveille. Voilà encore de nouvelles données à accepter, à comprendre et à s’approprier.

Le développement psychosexuel

Marcelli et Braconnier (2013) rappellent qu’avec le développement de l’appareil génital et les nombreuses et massives poussées hormonales (testostérone, œstradiol, progesterol…), l’intérêt pour la chose sexuelle se réveille projetant l’adolescent dans l’inconnu. « La puberté, bien qu’attendue, est toujours une surprise pour l’adolescent.  Il en ressent fugacement un moment de gloire auquel succède l’angoisse. L’avenir dépendra de la possibilité d’aménagement de cette angoisse. Mais l’avenir dépendra uniquement de la satisfaction ou de la non-satisfaction qu’apporte la puberté comme couronnement de cette vie nouvelle. » (p.46). La libido, pulsion d’amour, d’envie et de désir (notion à détacher de la génitalité) pousse l’adolescent à l’agir. Winnicott (2015) avance que, pour l’adolescent, « la sexualité apparait avant l’aptitude à l’assumer ».

Le cadre familial n’est plus celui de l’épanouissement, de la découverte, l’adolescent doit vivre, expérimenter sa sexualité avec d’autres. Il doit quitter ses parents, les perdre, au risque de la déloyauté, du désamour et d’une solitude  vécue comme insupportable en l’état. (Freud, 2014 ; Marcelli & Braconnier, 2013 ; Cloutier, 1998).

La poussée du corps et de la sexualité opèrent des tensions physiques et psychiques chez l’adolescent. Les changements d’apparence et de capacités cognitives s’ajoutent au tableau pour produire les moyens de développer la socialisation.

Le développement social, la famille

Pour se lancer dans le monde, dans sa vie future, l’adolescent aura à se séparer de ses parents, à quitter le foyer pour gagner en autonomie. Cela passera par le processus de socialisation. « La socialisation est le processus d’acquisition des comportements des attitudes et des valeurs nécessaires à l’adaptation sociale de l’individu » (Coslin, 2003).

la séparation

Pour Jeammet (1994), la question de la distance relationnelle est centrale. Entre le besoin d’amour, de soutien et celui de s’éloigner, l’adolescent est sans cesse tiraillé dans une ambivalence sans mot dont il s’agit de trouver une issue. Pour Winnicott (2015), tout l’enjeu pour l’adolescent est donc de « se séparer sans s’arracher ».

1.1.4.2 - La question de l’identité-identification

Pour Jeammet (1997),  les deux fonctions de l’identification  (intégrer une nouvelle identité sexuée et sexuelle et s’autonomiser par rapport aux objets d’amours initiaux) amènent l’adolescent à un paradoxe informulé : changer tout en restant le même. Ce double mouvement le conduit à prendre de la distance en s’identifiant à l’extérieur de la famille tout en  restant l’enfant de ses parents La distanciation devient donc un exercice de funambule s’effectuant parfois par grand vent. Winnicott (1994) résume parfaitement le grand écart adolescent : « Chez ces jeunes, et c’est une des caractéristiques de cet âge, alternent rapidement l’indépendance qui défie et la dépendance régressive ; parfois même les deux extrêmes cohabitent pour un temps » (p.176).

La famille

Il est difficile de se défaire de ses parents intérieurs, comment s’éloigner d’un monde et affronter les angoisses du changement ? L’adolescent doit opérer un déplacement de ses investissements. Or, plus les objets sont lourds plus ils seront difficiles à déplacer. La capacité à pouvoir se séparer dépendra de la qualité des relations entretenues entre l’adolescent et ses parents, de l’attention dont il se sentira dépositaire, de l’étayage prodigué et de la confiance accordée (Jeammet, 2014). Au présent, le passage adolescent sera facilité par le dialogue, des règles claires (négociables selon l’âge et des modalités explicites), un positionnement solide, des encouragements sincères et le respect absolu de l’intimité (Moro, 2015; Jeammet, 2014).

A l’adolescence, s’ouvre une porte de sortie, un point d’appui précieux qui permettra, à son rythme, de s’engager ailleurs que dans la sphère familiale : les copains.

Le groupe de pairs

Cloutier (1998) rappelle que pair et pareil ont la même racine.  Pour Erikson (1968), qui fonde sa réflexion sur les processus d’identification, le groupe de pairs représente un milieu très favorable pour la constitution  du « sentiment d’identité unifié.».  L’investissement tout particulier du groupe de pairs permet à l’adolescent de se détourner du groupe familial pour de nouveaux groupes d’appartenance, qu’ils soient sans leader (groupe de copains, loisirs…), avec structuration (sport, confessionnal) ou par tranche d’âge (Coslin, 2003).

Jeammet (1997) met en avant une autre fonction du groupe : celle du  déplacement du conflit d’avec les parents. Le  groupe formant alors une famille de remplacement, permettant, par la même, un gain de nouveau idéaux identificatoires.

Avec le concept d’ « illusion groupale », Anzieu (1999) inscrit la dynamique de groupe comme centrale à l’adolescence. Le groupe est uni et investi de libido narcissique par l’ensemble. L’adolescent bénéficie du groupe pour sa propre restauration narcissique et un réaménagement d’un idéal du moi avec une idéalisation déplacée sur le collectif ou sur le leader. 

Bandura (1995), en proposant la théorie de l’apprentissage social, insiste sur l’importance du groupe pour l’intégration des aptitudes sociales. Ainsi, cette forme d’apprentissage, dite comportementale, s’effectue par « l’observation réfléchie d’un «modèle» remplissant certaines conditions favorables aux yeux de l’observateur ».

L’adolescence est donc jalonnée de remous. Ce chambardement bouscule l’adolescent aux niveaux les plus intimes, aussi bien qu’au niveau social. Nous verrons dans la partie à venir quelles sont les manifestations d’une adolescence en trop grande souffrance et quelles en sont les conséquences pour le jeune et son entourage.

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