Les émotions

Psychothérapie à Saint Leu La Forêt

  • La première carte corporelle des émotions (Figaro Santé, 2014)

Des chercheurs finlandais ont détaillé les effets physiques du bonheur, de la peur, de la tristesse et d'autres sentiments.

« La peur au ventre », « sentir monter la colère », « la tristesse me serre le cœur ». La langue française attribue depuis ...

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  • Inner Working (pixar, 2014)

Écouter son cœur ou son cerveau? Ce court-métrage de 6 minutes met en scène avec tendresse le combat intérieur de Paul. Faut-il aller travailler ou aller à la plage ? faut-il rencontrer une jolie vendeuse ou craindre le ridicule ? Faut-il danser dans la douche ou fuir tout risque de chute ?

Les théories des émotions

L’intérêt porté par les penseurs pour les émotions n’est pas nouveau. L’un des premiers écrits définissant clairement les émotions est à mettre au compte d’Aristote (-329,-323 av. JC.) : « tous ces sentiments qui changent l’homme en l’entraînant à modifier son jugement et qui sont accompagnés par la souffrance ou le plaisir ». Après une longue période pendant laquelle les émotions n’ont pas fait l’objet d’une réflexion très nourrie, elle est maintenant considérée comme un facteur explicatif déterminant du comportement et du fonctionnement du psychisme humain.

La perspective Darwinienne 

En corolaire de sa théorie de l’évolution, Darwin (1890) développe l’idée que les émotions sont universelles et adaptatives. Elles auraient favorisé la survie de l’espèce en permettant aux individus de répondre de façon adaptée à leur environnement. Il s’agit d’une théorie centrée sur la fonction adaptative et communicative des émotions dans le contexte de la théorie de la section naturelle.

La perspective Jamesienne 

James (1884) a, quant à lui, travaillé sur la nature des émotions. Il met en avant l’éprouvé, la nécessité de ressentir les aspects physiologiques et  corporels. Il développe l’idée que l’émotion est essentiellement une « expérience » des changements corporels ou physiologiques. Avec la « théorie périphérique » il prétend que le ressenti de l’émotion provient des ressentis corporels périphériques qui s’expriment en terme de réponses à la fois musculaires et neurovégétatives. Ainsi, « toute réponse corporelle pourrait être source d’interprétations émotionnelles potentielles. ». Pour James, l’émotion est donc généré par le ressenti corporel. Selon l’auteur, prendre conscience des modifications physiologiques consécutives à une réaction émotionnelle constitue en soi l’émotion.

La controverse de Walter Cannon

 Cannon (1927) dément la théorie périphérique de James, en affirmant que la source de l’émotion et des réponses neurovégétatives est le système nerveux central (système thalamique). La « théorie thalamique » ou « centrale », en considérant la cognition comme activateur émotionnel, va influencer et poser les tous premiers jalons théoriques des modèles comportementalistes et cognitifs qui aboutiront aux modèles de compréhension et d’intervention thérapeutique en TCC. L’étiquetage cognitif conscient est ainsi considéré comme une des deux composantes de l’émotion, l’autre composante étant l’activation physiologique.

Freud et lathéorie pulsionnelle

Pour Freud (2014), les conflits psychiques produisent du refoulement. Pourtant, les affects, souffrances et émotions rendues conscientes se reflètent dans notre corps et notre comportement. La pulsion est relative à deux représentants psychiques : la représentation et l'affect. L'affect, dans cette conception, serait l'aspect subjectif de la quantité d'énergie pulsionnelle, le « quantum d’affect ». Quand la décharge de cette énergie pulsionnelle est impossible, alors la quantité mise en tension est transformée en angoisse. La signification apportée aux souffrances/émotions par l’entremise de la compréhension symbolique, permet à l’affect bloqué d’être décoincé, conscientisé. Selon Freud, un  souvenir dénué de charge affective est presque totalement inefficace.

Mélanie Klein

Klein (1978) étudie le développement du tout petit et s’intéresse à cette période de la vie où le nourrisson ne fait qu’un avec l’objet de son désir total : le sein de sa mère. Elle propose une description des concepts d’envie, de jalousie et avidité et décrit l’agressivité de la succion, les élans de destructivité du nourrisson à l’encontre de sa mère qui passe tour à tour du bon objet au mauvais objet en frustrant l’enfant et déclenchant une rage inédite pour lui.

1.2.1.2 - Théories contemporaines des émotions

Bion

L’être humain doit constamment  composer avec des énergies de force variable, issues du monde intérieur (émotions, pulsions, désirs, fantasmes) et du monde extérieur (influences, manipulations, agression, intrusion, amour). Bion développe la théorie de l’« appareil à penser » et en élabore un modèle de compréhension, selon lequel le psychisme du bébé n’est pas encore assez élaboré pour contenir et traiter les émotions et les sensations. Ces« vivances émotionnelles » n’ont pas de mots ou de représentations pour les formaliser puisque l’enfant ne dispose pas du langage. Les « éléments Bêta» passent par un processus s’appuyant sur l’appareil psychique de la mère pour les transformer (« fonction Alpha ») en éléments Alpha. Après une sorte de prédigestion et de la mère, les éléments Alpha peuvent être assimilés, engrammés et utilisés pour la pensée et l’élaboration. Cette « identification projective » décrit le processus par lequel l’enfant projette à l’intérieur de la mère les émotions et sensations désagréables qu’il ne veut garder en lui et qu’il n’est pas capable d’assimiler.

Damasio (1994) considère que le processus mental évaluatif, corps cerveau et raison sont indissociables. Les émotions proviendraient d’une « coopération indissociable entre le cerveau et tout le reste de l’organisme qui n’est pas neuronal « (Damasio, 2017). La théorie des marqueurs somatiques prétend que les émotions font partie intégrante du processus qui permet de raisonner, apprendre et choisir. Emotion et raison ne s’opposent alors plus mais sont complémentaires. Damasio insiste donc sur les aspects neurologiques et physiologiques des émotions dans la prise de décision et le comportement humain en général.

La théorie des émotions de base d’Ekman :

Ekman (1969 ) se base sur l’étude des expressions faciales émotionnelles pour élaborer la théorie des émotions de base et, ainsi, énumérer neuf caractéristiques, qui selon lui, permettent de spécifier les différentes émotions de base : 1/L'universalité des signaux émotionnels, 2/présence d'expressions comparables chez l’homme et chez les autres primates, 3/universalité des événements déclencheurs 4/cohérence des réactions émotionnelles, 5/déclenchement rapide, 6/ durée limitée, 7/ mécanisme de perception automatique, 8 / survenue spontanée.

Pour Ekman, la survenue d’une émotion est donc biologique (dimension physiologique),  autant que sociale (expérience subjective). Cinq émotions de base sont définies par Ekman selon les 9 principes cités plus haut et  bénéficient d’un niveau de consensus important : la colère, la peur, le dégoût, la tristesse et la joie (Ekman et Friesen, 1972 ;  Izard, 1971).

Le modèle des cinq émotions de base peut s’étoffer en fonction des critères choisis. Voici quelques exemples d’ajouts ultérieurs : La surprise, la honte, la gêne, l’intérêt, la culpabilité et la fierté (Ekman, 2016 ;  Izard, 1991 ; Plutchik, 2003).

Lazarus et l’appraisal

Lazarus (1991) développe la théorie de l’évaluation cognitive. Il postule que les émotions sont provoquées par des événements externes ou mentaux mais surtout par la signification apportée par le sujet  à de ces  événements. Il décrit l’ « appraisal » comme le processus cognitif qui décrit cette évaluation et qui fait qu’un même événement peut engendrer l’apparition de différentes émotions chez différents individus. L’appraisal dépend de  la valeur attribuée à un événement. Frijda (1989) complète la notion d’évaluation avec la fonction de  préparation à l’action. Les auteurs signalent qu’une même émotion peut déclencher plusieurs tendances à l’action qui auront une même fonction. Par exemple, il s’agira, face à la peur, de fuir, de se battre ou se statufier.

L’idée que le ressenti, aussi bien que  le déclenchement de l’émotion, peuvent être inconscients est diffusée par Zajonc & Al (1984). Les fondements cognitifs et perceptifs de ce type d’émotions inconscientes sont à chercher dans la cognition implicite. Elle permet de comprendre comment les processus cognitifs non connus du sujet l’amènent à évaluer une situation (l’« appraisal » de Lazarus) et ce qui déclenche l’activation d’un événement émotionnel en mémoire. Il s’agit de processus automatiques, rapides et inconscients. Zajonc ne  soutient pas  l’existence d’une émotion pure sans cognition et sans mémoire émotionnelle. Pour l’auteur, prendre en compte les processus perceptifs et cognitifs inconscients, c’est prendre en compte la dimension sociale des émotions, c’est-à-dire l’apprentissage social et la mémoire socio-émotionnelle. Bien qu’elles soient très rapides, nos réactions émotionnelles transitent néanmoins par des cognitions qui sont soit des évaluations apprises, soit des activations de souvenirs passés qui déterminent la réaction émotionnelle présente. Considérer que les réactions émotionnelles n’ont pas besoin de cognition, revient à occulter leur dimension sociale et ne prendre en compte que la dimension biologique.

La théorie de l’intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle, développée par Goleman (2014) fait  référence à un ensemble de compétences dans le traitement de l’information émotionnelle qui, des plus basiques aux plus complexes, sont classées dans un des quatre domaines suivants:1/ Perception des émotions, impliquant notamment la capacité de prêter attention aux émotions, de les reconnaître et de les communiquer; 2/ Utilisation des émotions dans la pensée et le raisonnement; 3/ Compréhension des émotions; 4/Gestion des émotions. La conscience de soi est la composante principale de cette théorie, dérivée des TCCe, qui s’attache à examiner et intervenir sur les processus émotionnels pour limiter l’impact négatif des émotions. Selon Goleman, l’intelligence émotionnelle est affaire d’entraînement et de pratique fondée sur l’attention portée sur les émotions, avec en point d’orgue, la maîtrise de soi, qui permettrait la gestion des impulsions et émotions. Goleman décrit le « racket émotionnel » qui met en avant les émotions non exprimées dans l’enfance et réactivée, de façon masquée, qui reviennent « comme un élastique » dans le présent.

Les neurones miroirs

Il existe une catégorie de neurones qui sont activés de la même façon au cours de l’exécution d’une tâche et quand il y a perception chez l’autre de l’exécution de cette tâche. La découverte des neurones miroir (Rizzolatti et al., 1996) met en évidence les processus neuronaux de l’empathie. Les implications de cette découverte viennent aussi confirmer ce que nombre de cliniciens (de la Gestalt thérapie aux TCC) pouvaient observer et mettre en pratique, à savoir que, pour le cerveau, il est équivalent d’effectuer réellement une action, que de se représenter cette action en imagination.

Le mécanisme impliquant  neurones miroirs rend compte du processus par lequel un individu s’engage dans une relation à autrui, notamment dans la lecture de l’action et de l’état mental de l’autre. Le système cerveau/corps effectue une forme de cartographie des actions intentionnelle de l’autre, ce que l’autre est sur « le point de faire ». Ce mécanisme met ainsi en évidence un des rôles des émotions dans les interactions sociales.

 

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Les émotions en

Dynamique Emotionnelle Exprimée (DEE)

En DEE, l’émotion s’inscrit dans un contexte dont elle ne peut être extraite, et qui ne peut être ignoré. (Jalenques, 2017).Ces contextes peuvent être internes, propre à l’individu et à son développement, aussi bien qu’externes, interpersonnels, familiaux, sociaux, et cultuels. En cela, Jalenques s’inscrit dans une vision communément partagée sur les émotions (Ehrenreich et al., 2007).

Les émotions sont universelles, elles font partie de l’universalité de la condition d’être humain décrite par Jalenques (1999). Les émotions portent en elles un caractère marqué d’immédiateté. Il existe, en outre, un processus de « métabolisation des émotions » qui opère, sous une forme dynamique le remplacement d’une émotion par une autre. Par le biais d’une re-fluidification des affects, une émotion suffisamment exprimée et reçue peut laisser la place à une autre : « la peine arrive souvent après la colère en séance » (Jalenques, 2020). Jalenques insiste, à ce sujet, sur l’un des rôles des émotions-écran qui consistent à masquer les émotions trop douloureuses ou désagréables au profit d’une émotion faisant office de diversion.

S’inspirant de la théorie des émotions de base (Ekman, 1969), la DEE reconnait huit émotions principales (Jalenques, 2017) tout en se démarquant du choix de celles-ci: la tristesse, la colère, la joie, la peur, le dégoût, la surprise, la culpabilité et la honte.

A l’instar de Zajonc (1984), Jalenques considère le caractère composite des émotions, des cognitions et des sensations. Chaque élément est susceptible de constituer le vecteur des autres. Ainsi, une émotion peut faire émerger une pensée, une situation peut déclencher une émotion, ou bien encore une sensation peut induire une émotion rattachée à un évènement explicite ou non. Le débat du prima sur l’un ou l’autre de ces facteurs n’a pas cours en DEE, les états émotionnels sont toujours signifiants et dynamiques, c’est à leur point de blocage d’origine, qu’il s’agit de s’atteler quand le manque de souplesse devient pathologique.

Jalenques utilise donc les émotions comme une porte d’entrée vers la vérité du sujet  et comme indice de déséquilibre. En DEE, l’homéostasie, est, tel le point de stabilité du gyroscope en physique, synonyme d’un retour vers l’émotion ontologique de l’être humain: la joie.

Jalenques (1999) parle « de refoulement de l’émotion » pour évoquer des émotions de l’enfance, non exprimées, que le sujet a décidé de ne pas sentir en les mettant de côté ou en se coupant de ses propres ressentis. Le « refoulement émotionnel » est le pendant psychodynamique, en DEE, de la notion, plus comportementale, de l’évitement en TCC, que Jalenques ne dément pas et dont il se sert dans sa clinique. Le refoulement émotionnel provoque selon Jalenques, une indifférence  à soi et aux autres, une perte de l’élan vital, un manque à soi, l’impossibilité d’accéder à l’amour de soi.

Jalenques rapproche le concept d’affects à celui de mémoire implicite (S. J. Siegel, 1999), revenant sur l’idée que de émotions purement sensorielles, datant d’un stade de développement sans langage (sans mémoire explicite), sont engrammés de façon non conscientes en mémoire, sans qu’elles soient passées par le processus du refoulement. Cette mémoire implicite (LeDoux, 2000 ; Bennett & Hacker, 2005)  serait accessible au travers d’une certaine forme d’expression des affects, ils agiraient sous forme d’échos sur la structuration, le développement et les schémas comportementaux du sujet. La mémoire implicite  demeure, avant l’âge de deux ans et dans certaines conditions, l’unique mémoire dans laquelle les expériences traumatisantes et stressantes peuvent être déposées. Elle dépend de circuits cérébraux qui se trouvent dans l’amygdale, l’organe des émotions par excellence, qui se forme précocement et avant l’hippocampe.