L’adolescence est une période de bouleversement de la structure cérébrale, une période pendant laquelle les cartes sont rebattues. C’est également une importante période de maturation des circuits neuronaux sous-tendant la régulation des émotions, Plusieurs modèles conceptuels en neuroscience du développement ont été proposés pour expliquer les changements au plan émotionnel, social et comportemental chez l’adolescent (Ladouceur, 2016). Parmi ces modèles, certains accentuent le développement des processus sociocognitifs, motivationnels, et cognitifs-affectifs. Ces modèles mettent en avant  une plus grande réactivité aux stimuli émotionnels pendant la puberté, attribuée à l’immaturité du cortex préfrontal impliqué dans la régulation des émotions.

L’adolescence est caractérisée par une augmentation normative de la motivation d’approche, que nous pouvons définir en l’opposant à la notion d’évitement (Ladouceur, 2016). Elle implique une tendance plus élevée vers la prise de risques et le désir de nouveauté, une hypersensibilité aux stimuli signalant la récompense et une augmentation de la probabilité de réactions comportementales à la présentation de ces stimuli. En d’autres termes, l’état émotionnel des adolescents a de fortes chances de les conduire à des passages à l’acte.

Il semble important de différencier les aspects relatifs au vécu émotionnel les émotions au quotidien ou les variations d’humeurs)  des considérations abordant les capacités de traitement et de régulation des affects (la régulation émotionnelle et les stratégies de coping).

S’agissant du vécu émotionnel, les jeunes adolescents expérimentent des états émotionnels (en particulier négatifs) de manière plus fréquente et plus intense que des individus plus jeunes ou plus âgés, Causé par :1/ nombreux changements et aménagements des relations sociales 2/défis développementaux auxquels doit faire face l’individu au cours de cette période (voir la théorie construction identitaire; Erikson, 1968). Les adolescents sont surtout beaucoup plus sensibles qu’auparavant, notamment grâce à de nouvelles capacités cognitives, une vie sociale plus complexe et des perspectives d’avenir à envisager. Cette nouvelle vie qui s’ouvre est faite d’expériences chargées affectivement dans lesquels les adolescents sont amenés à interpréter, donner du sens, et gérer leurs émotions, notamment au travers des relations interpersonnelles avec leurs amis et leurs parents.

Concernant le traitement et de régulation des émotions, il est à noter que les aptitudes de contrôle attentionnel volontaire sont fortement corrélées aux capacités de traitement cognitif et de régulation émotionnelle. Les capacités d’inhibitions sont ainsi associées aux capacités de régulation émotionnelle et de socialisation. Par extension, plus les compétences en gestion des émotions est faible, plus l’adolescent aura de risques de connaître des troubles de l’attention ou de l’inhibition (émotionnelle, motrice ou sociale). « Le passage à l’acte adolescent  ne résulte pas d’une évaluation rationnelle coûts-bénéfices, mais d’une difficulté à inhiber des réponses automatiques dans certains contextes particuliers. » (Virat &Clerc, 2017, p.15)

De même, dans sa revue, Ladouceur (2016) indique que l’adolescence est un moment de bascule s’agissant de l’apprentissage émotionnel. Outre les conséquences dans les capacités de traitement cognitif et de régulation, l’alexithymie (difficulté à identifier, différencier et exprimer ses émotions, ou parfois celles d'autrui) implique des difficultés relationnelles importantes due au caractère figé qu’induit le recours à un nombre restreint de réponses comportementales. Des études mettent en évidence que des jeunes délinquants récidivistes présentent  un niveau d’alexithymie beaucoup plus élevé que des adolescents sains (Virat &Clerc, 2017).

Être en mesure de se retenir appelle à la capacité de contrôle de soi (pouvoir supprimer une réponse prédominante ou automatique). Cette capacité se décline à la fois sur les plans cognitif, émotionnel et comportemental (Virat & Clerc, 2017).Elles sont considérablement amoindries à l’adolescence, notamment face à une récompense fixée sur le moyen ou long terme. Une série de travaux sur les comportements antisociaux et les troubles externalisés indique que les adolescents  caractérisés par une froideur affective, un manque d’empathie et des émotions labiles démontrent des niveaux élevés d’activités délinquantes, d’agressions et de violence.

Pour conclure, il est difficile d’envisager les spécificités des processus émotionnels chez l’adolescent sans les considérer comme un entrelacement de la cognition, des émotions et des motivations pour expliquer les comportements. Les adolescents vivent des émotions nouvelles, qu’ils identifient et comprennent mal dans un contexte où ils connaissent une moindre capacité à se contrôler. Les conséquences sur la qualité de vie sont nombreuses. Elles touchent des aspects comme les relations sociales (familiales, amicales et amoureuses), les apprentissages, la scolarité, l’orientation et les choix de vie. Certains pans de la vie en seront durablement impactés. Citons l’estime de soi, les schémas relationnels et comportementaux,  les capacités de contrôle de soi et, de façon plus prosaïque, mais non moins importante, nous pouvons évoquer l’insertion sociale et professionnelle.

Les émotions à l'adolescence